
Contrairement à l’instinct de fuite, la clé pour traiter l’hyperacousie n’est pas le silence, mais une réexposition sonore contrôlée.
- Le port constant de bouchons augmente le « gain auditif » du cerveau, rendant les sons normaux encore plus douloureux.
- La guérison passe par une thérapie de désensibilisation progressive qui réapprend au cerveau à tolérer l’environnement sonore.
Recommandation : L’objectif est de remplacer la surprotection par une gestion intelligente des sons, en utilisant des protections adaptées uniquement lorsque c’est nécessaire pour reconstruire votre tolérance.
Le simple tintement de couverts sur une assiette, le brouhaha d’un restaurant ou même une voix un peu trop forte vous sont devenus physiquement insupportables. Cette douleur, cet inconfort permanent face aux bruits du quotidien, porte un nom : l’hyperacousie. Pour y échapper, vous avez probablement adopté un réflexe de survie : porter des bouchons d’oreille, le plus souvent possible, créant autour de vous une bulle de silence protectrice. Ce geste, qui semble logique, est pourtant le cœur du problème. La plupart des conseils se concentrent sur l’évitement des sons forts, mais ignorent le piège de la surprotection.
Et si le véritable ennemi n’était pas le bruit lui-même, mais la prison de silence que vous avez construite pour vous en protéger ? Le cerveau, privé de stimulations, ne se met pas au repos. Au contraire, il devient hypervigilant et augmente sa sensibilité. C’est le mécanisme du « gain auditif central » : en l’absence de sons, le cerveau « monte le volume », rendant la moindre stimulation sonore agressive et douloureuse. L’hyperacousie n’est donc pas une simple sensibilité de l’oreille, mais un dérèglement du traitement du son par le cerveau. C’est un trouble de l’interprétation, non de la perception.
Cet article propose une approche à contre-courant. Nous n’allons pas vous apprendre à fuir le son, mais à vous réconcilier avec lui. Nous verrons comment identifier précisément votre trouble, nous démantèlerons le mythe de la surprotection en vous expliquant ses effets pervers, et nous vous donnerons une feuille de route claire pour une désensibilisation progressive. L’objectif n’est pas de vous jeter dans un environnement bruyant, mais de vous redonner les clés pour reconstruire, pas à pas, votre capital sonore et retrouver une vie sociale sans appréhension.
Pour vous accompagner dans cette démarche de rééducation, cet article est structuré pour vous guider étape par étape. Du diagnostic à la gestion quotidienne, en passant par la compréhension des mécanismes cérébraux, chaque section vous apportera des outils concrets pour sortir du cercle vicieux de l’hyperacousie.
Sommaire : Sortir de la prison du silence : votre guide complet sur l’hyperacousie
- Douleur physique ou distorsion sonore : comment savoir si vous êtes hyperacousique ?
- Comment la désensibilisation sonore fonctionne-t-elle sur plusieurs mois ?
- Restaurant ou cinéma : quels lieux privilégier pour sortir sans crise de douleur ?
- L’erreur de porter des bouchons 24h/24 qui aggrave votre sensibilité
- Quand un enfant se bouche les oreilles à la moindre occasion : caprice ou pathologie ?
- Comment choisir les protections anti-bruit adaptées à votre environnement sans vous isoler ?
- Peut-on guérir les acouphènes ou seulement apprendre à vivre avec sans souffrance ?
- Cerveau limbique et réflexe de peur : pourquoi l’acouphène vous met-il en alerte ?
Douleur physique ou distorsion sonore : comment savoir si vous êtes hyperacousique ?
L’hyperacousie n’est pas simplement le fait de « ne pas aimer le bruit ». C’est une condition médicale où des sons d’intensité normale, voire faible, sont perçus comme anormalement forts, désagréables ou même douloureux. Pour certains, un son sera simplement amplifié et déformé ; pour d’autres, il provoquera une véritable douleur physique, comme une brûlure ou un coup d’aiguille dans l’oreille. Ce trouble, souvent invisible, est pourtant loin d’être rare. Une enquête récente a montré que près de 12% des Français déclarent expérimenter l’hyperacousie, un chiffre en nette augmentation qui souligne la croissance de ce problème de santé publique.
Il est crucial de distinguer l’hyperacousie d’autres troubles auditifs aux noms similaires :
- La misophonie est une réaction émotionnelle négative intense (colère, dégoût) déclenchée par des sons spécifiques (mastication, reniflement), sans notion de douleur auditive.
- La phonophobie est une peur irrationnelle et anxieuse des sons, souvent liée à un traumatisme sonore. La réaction est d’ordre psychologique, pas sensorielle.
L’hyperacousie, elle, est un dérèglement du traitement du son. Comme le souligne l’audiologiste Charlotte Bigras, ce caractère intangible rend le diagnostic difficile, laissant de nombreux patients dans l’errance médicale. Comme elle l’explique à UdeMnouvelles :
Contrairement à une perte auditive visible ou du moins mesurable, l’hyperacousie est intangible. Beaucoup de patients se font dire que c’est dans leur tête, alors qu’il s’agit bel et bien d’un trouble sensoriel.
– Charlotte Bigras, Université de Montréal – UdeMnouvelles
Un diagnostic précis par un médecin ORL est indispensable. Il réalisera un audiogramme pour évaluer votre audition et, surtout, mesurera vos seuils d’inconfort sonore. Cet examen permet d’objectiver l’hyperacousie en déterminant à quel niveau de décibels les sons deviennent inconfortables pour vous, et de poser un diagnostic différentiel clair. Ne restez pas seul avec votre douleur : des solutions existent, mais la première étape est de nommer précisément le problème.
Comment la désensibilisation sonore fonctionne-t-elle sur plusieurs mois ?
La solution à l’hyperacousie ne réside pas dans l’évitement du son, mais dans la rééducation progressive du cerveau. C’est le principe de la désensibilisation sonore, aussi connue sous le nom de thérapie d’habituation (TRT – Tinnitus Retraining Therapy). L’objectif est de réapprendre à votre cerveau à classer les bruits du quotidien comme non menaçants, et ainsi à diminuer le fameux « gain auditif central » qui est à l’origine de votre hypersensibilité. Ce processus n’est pas un sprint, mais un marathon. Il faut être patient et rigoureux, car la durée de la rééducation dépend de la sévérité du trouble. Les protocoles professionnels estiment la durée de la thérapie à environ 3 mois pour une forme légère, 6 mois pour une forme moyenne et jusqu’à un an pour une hyperacousie sévère.
Concrètement, la thérapie repose souvent sur le port de générateurs de bruit blanc. Ce sont des appareils ressemblant à des aides auditives qui diffusent un son neutre et constant à un volume très faible, juste au-dessous de votre seuil de perception. Vous ne l’entendez pas consciemment, mais votre cerveau, lui, le reçoit. Cette stimulation sonore de fond, douce et continue, « occupe » le système auditif et l’empêche de sur-amplifier les sons ambiants. Au fil des semaines, l’audioprothésiste ou l’ORL augmente très progressivement l’intensité de ce bruit blanc, forçant doucement le cerveau à s’adapter et à relever son seuil de tolérance.
Cette approche est souvent complétée par un accompagnement psychologique, notamment via des Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC). Celles-ci aident à briser le lien entre un son et la réaction de peur ou de douleur, et à gérer l’anxiété qui accompagne souvent l’hyperacousie. La combinaison des deux approches permet une rééducation complète, à la fois sur le plan sensoriel et émotionnel.

Comme l’illustre cette atmosphère sereine, la première étape de la désensibilisation consiste à se réapproprier un environnement sonore contrôlé et apaisant. Il ne s’agit pas de s’exposer à des bruits agressifs, mais de réintroduire progressivement un fond sonore neutre et sécurisant. Le succès de la thérapie repose sur cette exposition graduelle et contrôlée, qui permet au système nerveux de se « recalibrer » sans être submergé.
Restaurant ou cinéma : quels lieux privilégier pour sortir sans crise de douleur ?
L’un des impacts les plus dévastateurs de l’hyperacousie est l’isolement social. La peur de la douleur pousse à refuser les invitations et à se couper du monde. Pourtant, retrouver une vie sociale est un objectif essentiel de la rééducation. La clé n’est pas d’éviter toute sortie, mais de devenir stratégique dans le choix des lieux et de son positionnement. Pour comprendre l’enjeu, il faut se rappeler qu’un son anodin pour la plupart des gens peut être une agression pour vous. Les données cliniques sur les seuils auditifs sont claires : une personne hyperacousique peut ressentir de la douleur dès 60 décibels (le volume d’une conversation normale), alors que pour une audition saine, le seuil d’inconfort se situe autour de 90 dB et celui de la douleur à 120 dB.
Plutôt que de subir, il faut apprendre à anticiper et à créer sa propre « écologie sonore ». Avant d’accepter une invitation, transformez-vous en détective sonore. Appelez le restaurant pour demander s’ils ont une terrasse ou une alcôve plus calme. Consultez les avis en ligne en cherchant les mots-clés « bruyant », « calme », « ambiance ». Privilégiez les heures creuses. Les cinémas peuvent être gérables en choisissant des séances en semaine, avec moins de public, et en s’asseyant loin des enceintes. Les bibliothèques, les parcs, les musées aux heures creuses ou les cafés feutrés sont d’excellentes alternatives pour des sorties à faible risque sonore.
La préparation est votre meilleur allié. Avoir toujours sur soi une paire de protections auditives à filtre (nous y reviendrons) n’est pas un signe de faiblesse, mais un outil de gestion intelligent. Elles vous permettront de faire face à un pic sonore imprévu sans devoir fuir, réduisant ainsi l’anxiété anticipatoire. L’objectif est de reprendre le contrôle, de passer d’une posture de victime du son à celle d’un gestionnaire averti de son environnement.
Votre plan d’action pour évaluer un lieu public
- Analyser l’architecture : Observez la hauteur de plafond et les matériaux. Les plafonds hauts et les surfaces dures (carrelage, baies vitrées) favorisent la réverbération. Préférez les lieux avec moquette, rideaux ou mobilier en tissu qui absorbent le son.
- Évaluer la densité : Vérifiez la disposition des tables et le nombre de clients. Une terrasse extérieure, une table en coin ou une alcôve isolée seront toujours préférables. Envisagez de vous y rendre en dehors des heures de pointe.
- Repérer les sources sonores : Identifiez la présence de musique d’ambiance, d’écrans ou d’enceintes. Demandez une table la plus éloignée possible de ces sources directes.
- Choisir un positionnement stratégique : Si possible, asseyez-vous dos à un mur. Cela réduit les sons venant de l’arrière et vous permet de faire face à la source de bruit principale, ce qui est moins anxiogène.
- Anticiper l’imprévu : Gardez toujours des protections auditives à filtre dans votre poche. Elles vous permettront de gérer un pic sonore inattendu sans vous couper de la conversation.
L’erreur de porter des bouchons 24h/24 qui aggrave votre sensibilité
Face à la douleur, le réflexe est simple : se protéger. Les bouchons d’oreille deviennent alors votre meilleur ami, votre armure contre un monde sonore hostile. Vous les portez au travail, dans les transports, à la maison… et même parfois pour dormir. Cette surprotection, bien qu’instinctive et compréhensible, est la plus grande erreur que vous puissiez commettre. Elle ne résout pas le problème de l’hyperacousie ; elle l’entretient et l’aggrave. En vous coupant du monde sonore, vous plongez votre cerveau dans un silence artificiel qui le rend encore plus sensible. C’est le paradoxe de l’hyperacousie : moins vous écoutez, plus tout vous semble fort.
Ce phénomène est expliqué par le mécanisme du gain auditif central. Imaginez que vous entrez dans une pièce sombre. Au début, vous ne voyez rien, puis vos pupilles se dilatent pour capter le moindre photon de lumière. Votre cerveau « augmente le gain » visuel. Le système auditif fonctionne de la même manière. Privé de stimulations sonores par le port constant de bouchons, le cerveau compense en augmentant sa sensibilité pour « chercher » le son qui lui manque. Ainsi, lorsque vous retirez vos protections, le moindre bruit du quotidien (une porte qui claque, une sonnerie de téléphone) est perçu avec une intensité décuplée et douloureuse, comme si vous passiez brutalement de l’obscurité à la pleine lumière.

Cette vérité contre-intuitive est au cœur des recherches sur l’hyperacousie. Le professeur Jean-Luc Puel, expert en neurosciences auditives, le confirme de manière très claire, comme le rapporte l’Inserm :
La sensibilité aux sons est augmentée après le port prolongé de bouchons d’oreilles, alors que le port de générateurs de bruit la diminue. Dans le cas de l’hyperacousie, le gain auditif central pour compenser la surdité serait inadapté, trop important.
– Pr Jean-Luc Puel, Inserm – Institut des Neurosciences de Montpellier
Le sevrage des protections auditives est donc une étape clé, mais elle doit être progressive et encadrée. L’objectif n’est pas de tout jeter du jour au lendemain, mais de réapprendre à utiliser les protections comme un outil ponctuel et non comme un mode de vie. Commencez par les retirer dans les environnements les plus calmes (chez vous, seul), puis augmentez très progressivement la durée et la complexité des environnements sonores. C’est en réhabituant votre cerveau à un niveau sonore normal et non menaçant que vous briserez ce cercle vicieux.
Quand un enfant se bouche les oreilles à la moindre occasion : caprice ou pathologie ?
La sonnerie de l’école, l’agitation de la cantine, l’aspirateur à la maison… Votre enfant se bouche systématiquement les oreilles, se met en colère ou cherche à fuir dès que le volume monte. Il est tentant d’y voir un caprice ou une simple « sensiblerie ». Pourtant, ce comportement peut être le signe d’une véritable hyperacousie pédiatrique. Moins documentée que chez l’adulte, elle n’en est pas moins réelle et peut avoir des conséquences importantes sur le développement et la socialisation de l’enfant. Les études montrent que l’hyperacousie n’épargne pas les plus jeunes. Selon une étude menée à l’hôpital universitaire d’Anvers, on observe une prévalence de 3,3% de l’hyperacousie chez les enfants de 9 à 12 ans, un chiffre qui peut monter jusqu’à 17% dans certaines études sur les moins de 18 ans.
Chez l’enfant, l’hyperacousie peut aussi être liée à d’autres conditions, comme les troubles du spectre de l’autisme (TSA) ou un trouble de l’intégration sensorielle, où le cerveau a des difficultés à traiter et à organiser les informations provenant des sens. La première étape est donc de ne pas minimiser le comportement de l’enfant. Tentez d’objectiver la situation :
- Tenez un journal de bord : Notez précisément quel son déclenche la réaction, dans quel contexte (fatigue, lieu…), et la nature de la réaction (pleurs, repli, agressivité).
- Consultez un médecin ORL : C’est le seul à pouvoir poser un diagnostic formel, en réalisant des tests auditifs adaptés à l’âge de l’enfant.
- Communiquez avec l’école : Une fois le diagnostic posé, il est essentiel d’en parler à l’enseignant pour mettre en place des aménagements simples mais efficaces.
Ces aménagements peuvent grandement améliorer le quotidien de l’enfant. Il peut s’agir de le placer loin des enceintes ou des fenêtres donnant sur la cour, de le prévenir avant un signal sonore fort (sonnerie), ou de l’autoriser à porter un casque anti-bruit pendant les activités les plus bruyantes (cantine, récréation en intérieur). L’objectif n’est pas de l’isoler, mais de lui donner les outils pour gérer son environnement sonore sans être en situation de surcharge permanente. Si la problématique est plus large, l’ORL pourra vous orienter vers un psychomotricien ou un ergothérapeute spécialisé en intégration sensorielle pour une prise en charge plus globale.
Comment choisir les protections anti-bruit adaptées à votre environnement sans vous isoler ?
Si le port constant de bouchons est à proscrire, cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à toute forme de protection. L’objectif est de passer d’une surprotection passive (le bouchon en mousse qui coupe tout) à une gestion sonore active et intelligente. Il s’agit de choisir la bonne protection, pour la bonne situation, et pour la bonne durée. Toutes les protections ne se valent pas et ne répondent pas au même besoin. Un bouchon conçu pour dormir n’a rien à voir avec une protection pour assister à un concert ou simplement réduire le brouhaha d’un open space.
La technologie clé pour un hyperacousique est le filtre acoustique. Contrairement aux bouchons classiques en mousse ou en silicone qui atténuent toutes les fréquences de manière linéaire (rendant les voix étouffées et inintelligibles), les protections à filtre sont conçues pour réduire sélectivement les décibels, en particulier sur les fréquences les plus agressives pour l’oreille, tout en préservant la clarté de la parole. Elles permettent de baisser le volume général sans vous couper du monde, ce qui est essentiel pour une sortie au restaurant ou une conversation dans un lieu animé. Ces protections, souvent sur-mesure ou standardisées (marques comme Loop, Alpine, etc.), offrent différents niveaux d’atténuation (ex: -10 dB, -15 dB, -25 dB) à choisir selon l’environnement.
Le tableau suivant, adapté d’une analyse comparative, vous aidera à y voir plus clair pour choisir l’outil le plus pertinent en fonction de vos besoins spécifiques, comme le présente une analyse des différentes protections auditives.
| Situation | Mousse jetable | Silicone réutilisable | Sur-mesure avec filtre | Casque passif | Casque réduction active (ANC) |
|---|---|---|---|---|---|
| Sommeil | ✅ Recommandé | ✅ Acceptable | ❌ Surdimensionné | ❌ Inconfortable | ❌ Inconfortable |
| Concentration / Travail | ⚠️ Isole trop | ⚠️ Isole trop | ✅ Filtre -10 à -15 dB | ✅ Bon choix | ✅ Recommandé |
| Transport (métro, avion) | ✅ Acceptable | ✅ Acceptable | ✅ Bon choix | ⚠️ Encombrant | ✅ Recommandé |
| Restaurant / Sortie sociale | ❌ Coupe la parole | ❌ Coupe la parole | ✅ Recommandé (-15 dB) | ❌ Inadapté socialement | ❌ Inadapté socialement |
| Concert / Événement bruyant | ✅ Protection basique | ✅ Acceptable | ✅ Recommandé (-20 à -25 dB) | ✅ Bon choix | ⚠️ Peut saturer |
Choisir la bonne protection, c’est se réapproprier un pouvoir de contrôle. C’est décider activement du volume du monde qui vous entoure, au lieu de le subir ou de le fuir complètement. C’est un pas fondamental dans votre parcours de rééducation.
À retenir
- L’hyperacousie est un dérèglement du cerveau (le « gain auditif central »), pas une simple sensibilité des oreilles.
- La surprotection par des bouchons d’oreille 24/7 est contre-productive : elle renforce l’hypersensibilité au lieu de la calmer.
- La véritable solution est une désensibilisation progressive et contrôlée pour réapprendre au cerveau à tolérer les sons du quotidien.
Peut-on guérir les acouphènes ou seulement apprendre à vivre avec sans souffrance ?
L’hyperacousie est très souvent accompagnée d’un autre symptôme : les acouphènes, ces sifflements, bourdonnements ou grésillements perçus en l’absence de source sonore externe. La question qui hante les personnes qui en souffrent est simple : peut-on en guérir ? À l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement curatif universel capable de supprimer l’acouphène pour tout le monde. Cependant, l’affirmation selon laquelle il faudrait « juste apprendre à vivre avec » est à la fois réductrice et démoralisante. La science progresse et l’objectif des thérapies modernes n’est pas la résignation, mais la défocalisation attentionnelle et émotionnelle : faire en sorte que l’acouphène passe du statut de signal d’alarme intrusif à celui de bruit de fond neutre, que le cerveau finit par ignorer.
C’est le principe de l’habituation, au cœur de thérapies comme la TRT. Parallèlement, la recherche explore des pistes très prometteuses visant à agir directement sur l’hyperactivité neuronale à l’origine de l’acouphène. L’une des plus médiatisées est la stimulation bimodale.

Étude de cas : La stimulation bimodale Lenire, une onde d’espoir
Le dispositif Lenire, développé par la société Neuromod, incarne cette nouvelle approche. Il s’appuie sur la neuromodulation bimodale : il envoie simultanément des sons spécifiques dans les oreilles via un casque et de légères stimulations électriques sur la langue via un petit appareil. L’idée est d’exploiter la plasticité cérébrale : en stimulant deux voies sensorielles en même temps, on peut « leurrer » le cerveau pour qu’il réduise l’hyperactivité neuronale responsable de la perception de l’acouphène. Comme le rapportent des publications spécialisées comme Audiologie Demain, les premières études sur des approches similaires ont montré une diminution de l’intensité perçue de l’acouphène d’environ 11 dB. Bien que ces résultats soient encourageants et ouvrent une voie thérapeutique passionnante, la recherche doit encore confirmer leur efficacité à grande échelle avant de pouvoir parler de solution miracle.
Aujourd’hui, la prise en charge la plus efficace reste pluridisciplinaire. Elle combine thérapie sonore pour favoriser l’habituation, accompagnement psychologique pour gérer la détresse, et parfois des approches comme la sophrologie ou la méditation pour réduire le stress global, qui est un facteur aggravant majeur. La « guérison » est peut-être moins la disparition du son que celle de la souffrance qu’il engendre.
Cerveau limbique et réflexe de peur : pourquoi l’acouphène vous met-il en alerte ?
L’acouphène n’est pas qu’un son. C’est une alarme. Dès sa première apparition, le cerveau le détecte comme un signal nouveau, inconnu, et potentiellement dangereux. Cette réaction est pilotée par le système limbique, notre cerveau émotionnel, et l’amygdale, son centre de la peur. L’acouphène déclenche alors une cascade de réactions : stress, anxiété, hypervigilance. Le corps se met en état d’alerte, les muscles se tendent (notamment au niveau du cou et de la mâchoire), et toute l’attention se focalise sur ce bruit interne. C’est un cercle vicieux : plus vous vous focalisez sur l’acouphène, plus il génère du stress, et plus le stress le rend fort et intrusif.
Comprendre ce mécanisme est la clé pour le désamorcer. L’acouphène lui-même n’est pas dangereux. C’est l’interprétation négative que le cerveau en fait qui crée la souffrance. Le but de nombreuses thérapies est précisément de briser cette association « acouphène = danger ». Il s’agit de « recâbler » le cerveau pour qu’il reclasse l’acouphène comme un son neutre, non pertinent, au même titre que le bruit d’un réfrigérateur ou d’un ventilateur d’ordinateur, que vous entendez sans y prêter attention.
Pour y parvenir, une approche combinée est souvent la plus efficace. Elle vise à intervenir sur plusieurs points du cercle vicieux à la fois :
- L’émotion : Les Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC) aident à identifier et modifier les pensées négatives automatiques liées à l’acouphène (« ça ne partira jamais », « je deviens fou »).
- La tension : Des techniques de relaxation comme la sophrologie, le yoga ou la méditation de pleine conscience permettent de relâcher les tensions musculaires chroniques qui peuvent amplifier la perception de l’acouphène.
- L’attention : L’enrichissement sonore (bruit blanc, sons de la nature à faible volume) permet de réduire le contraste entre l’acouphène et le silence, diminuant ainsi la capacité du cerveau à se focaliser dessus.
- La perception : Des approches comme la thérapie ACT (Thérapie d’Acceptation et d’Engagement) proposent des exercices de « défusion » pour prendre de la distance avec le son, en le visualisant comme un objet extérieur par exemple.
La prise en charge par une équipe pluridisciplinaire (ORL, audioprothésiste, psychologue) est la stratégie qui donne les meilleurs résultats, car elle permet d’agir simultanément sur le corps, les émotions et l’attention. Sortir de la souffrance de l’acouphène, c’est avant tout un travail pour calmer le système d’alarme de votre cerveau.
Votre parcours pour vous réconcilier avec le monde sonore commence aujourd’hui. L’étape suivante consiste à consulter une équipe de spécialistes (médecin ORL, audioprothésiste, thérapeute) pour établir un bilan complet et construire un plan de rééducation personnalisé et progressif, adapté à votre situation unique.
Questions fréquentes sur le traitement de l’hyperacousie
Quelle est la différence entre des bouchons classiques et des bouchons à filtre acoustique ?
Les bouchons classiques (en mousse ou silicone) bloquent tous les sons de manière uniforme, ce qui étouffe les voix et isole socialement. Les bouchons à filtre acoustique (type Loop, Alpine, Plic Audio) sont dotés d’une membrane qui atténue sélectivement les fréquences nocives et le volume global tout en laissant passer la parole de manière intelligible. Ils offrent une protection intelligente et adaptée, idéale pour les situations sociales.
À quoi servent les Calmer de Flare Audio si ce ne sont pas des bouchons d’oreille classiques ?
Les Flare Calmer ne sont pas des protections auditives, ils ne bloquent pas le son. Leur rôle est de modifier la résonance du conduit auditif pour réduire les distorsions dans les moyennes et hautes fréquences, souvent sources de stress sonore. Ils agissent comme un « lissage » du son, le rendant moins agressif. Ils sont particulièrement adaptés aux personnes souffrant d’hypersensibilité auditive, de misophonie ou de troubles du spectre autistique.
Pourquoi l’objectif n’est-il pas le silence total pour un hyperacousique ?
Le silence total est l’ennemi de la guérison de l’hyperacousie. En privant le cerveau de toute stimulation sonore, il pousse le système auditif à augmenter son « gain » pour compenser, ce qui rend la moindre sollicitation sonore encore plus intense et douloureuse. L’objectif n’est pas l’isolation, mais une réduction intelligente et contrôlée du volume ambiant pour permettre au système auditif de se recalibrer et de se rééduquer progressivement à un environnement sonore normal.