
Porter un appareil auditif sans entraîner son cerveau, c’est comme avoir un équipement de sport dernier cri sans jamais aller à la salle : la performance ne suivra pas.
- Votre appareil auditif est l’outil qui capte le son ; votre cerveau est le muscle qui doit l’interpréter, le filtrer et lui donner un sens.
- La frustration « j’entends mais je ne comprends pas » vient souvent d’un déficit d’entraînement cérébral, pas d’un défaut de l’appareil.
Recommandation : Adoptez une routine d’exercices d’écoute ciblés de 15 minutes par jour pour transformer radicalement votre capacité de compréhension et tirer le plein potentiel de votre appareillage.
Vous l’avez fait. Après des mois, voire des années d’hésitation, vous avez franchi le pas. Vous portez des appareils auditifs. Les sons du quotidien sont revenus : le chant des oiseaux, le cliquetis du clavier, le murmure de la pluie. Pourtant, une frustration tenace persiste. Lors d’un dîner animé ou d’une conversation de groupe, vous vous surprenez à penser : « J’entends bien qu’on me parle, mais je ne comprends pas tout ce qu’on me dit. » Le son est là, mais le sens se dérobe. Cette expérience, partagée par de très nombreux nouveaux porteurs d’aides auditives, est déroutante et peut mener au découragement.
Face à ce constat, le réflexe est souvent de remettre en cause le matériel. On pense à un mauvais réglage, à une technologie inadaptée, ou on se résigne en se disant que « c’est mieux que rien ». Mais si le véritable enjeu n’était pas dans votre oreille, mais entre vos deux oreilles ? Si la clé ne résidait pas seulement dans l’amplification du son, mais dans la capacité de votre cerveau à traiter cette nouvelle information ? L’idée reçue est que l’appareil est une solution passive. On le met, et il est censé faire tout le travail. C’est une erreur fondamentale.
Cet article adopte une perspective radicalement différente, celle du coach. Considérez votre aide auditive non pas comme une béquille, mais comme un équipement de sport de pointe. Et votre cerveau ? C’est l’athlète. Un athlète qui a été privé d’entraînement pendant des années et qui a besoin d’un programme de remise en forme ciblé pour retrouver toute sa performance. Nous allons déconstruire ensemble le mythe de l’appareil « magique » pour vous donner les clés d’un entraînement cérébral actif. Vous découvrirez pourquoi l’audition est avant tout une compétence cognitive et comment, par des exercices simples et concrets, vous pouvez devenir l’acteur principal de votre rééducation auditive et enfin transformer les sons que vous entendez en conversations que vous comprenez pleinement.
Pour vous accompagner dans cette démarche proactive, cet article explore les mécanismes en jeu et vous propose des stratégies concrètes. Vous découvrirez comment votre cerveau peut être activement entraîné pour mieux interpréter le monde sonore qui vous entoure.
Sommaire : L’entraînement cérébral au cœur de la compréhension auditive
- Quel est le lien prouvé entre perte d’audition et diminution des facultés cognitives ?
- L’erreur d’attendre que l’appareil fasse tout le travail de compréhension
- Comment améliorer votre mémoire immédiate pour mieux suivre les conversations ?
- Pourquoi lire à voix haute réajuste-t-il votre propre boucle audio-phonatoire ?
- Exercices d’écoute à la maison : comment accélérer votre adaptation cérébrale ?
- Logiciels d’entraînement auditif : 15 minutes par jour pour booster vos neurones ?
- Jeux d’écoute avec un proche : comment impliquer votre conjoint dans votre rééducation ?
- Comment le bilan vocal prédit-il l’efficacité future de vos appareils auditifs ?
Quel est le lien prouvé entre perte d’audition et diminution des facultés cognitives ?
Le lien entre une mauvaise audition et un déclin des fonctions cérébrales n’est plus une simple hypothèse, c’est un fait scientifiquement établi et quantifié. Une perte auditive non corrigée n’est pas seulement un problème d’oreille ; elle crée une cascade de conséquences qui affectent directement la santé de votre cerveau. Il est crucial de comprendre cet enjeu, car il constitue le « pourquoi » fondamental derrière la nécessité d’un entraînement auditif actif. Loin d’être un simple désagrément, la surdité est un facteur de risque majeur et modifiable pour la santé cognitive.
Les chiffres sont sans appel. Selon la prestigieuse Commission d’experts du journal scientifique The Lancet, la perte d’audition non prise en charge est le principal facteur de risque modifiable de démence, bien avant l’hypertension ou l’obésité. Elle contribuerait à environ 7% des cas de déclin cognitif dans le monde. Mais l’inverse est également vrai et porteur d’un immense espoir : agir sur l’audition a un impact direct et mesurable sur le cerveau. La révolutionnaire étude ACHIEVE publiée en 2023 par The Lancet a révélé un ralentissement de 48% du déclin cognitif chez les personnes à risque après seulement trois ans d’utilisation d’appareils auditifs. C’est la preuve que bien entendre, c’est nourrir son cerveau.
Mais comment expliquer ce lien si puissant ? Les scientifiques avancent trois théories principales, qui sont probablement complémentaires :
- La théorie de la surcharge cognitive : Imaginez votre cerveau comme un ordinateur avec une mémoire vive limitée. Quand vous entendez mal, une part énorme de cette mémoire est mobilisée en permanence pour simplement essayer de décoder les sons et les paroles. Cette énergie n’est donc plus disponible pour d’autres tâches comme la mémorisation, le raisonnement ou l’attention. Le cerveau « rame » et s’épuise.
- La théorie de l’atrophie par manque d’usage : Le cortex auditif est comme un muscle. S’il n’est plus suffisamment stimulé par une riche variété de sons, il s’affaiblit. Les zones cérébrales dédiées à l’audition se réorganisent, souvent de manière moins efficace, et cette « fonte » peut affecter d’autres réseaux cognitifs voisins.
- La théorie de l’isolement social : C’est la conséquence la plus humaine et la plus simple à comprendre. Avoir des difficultés à suivre une conversation pousse à éviter les interactions sociales. Or, l’isolement et la solitude sont des facteurs de risque bien connus du déclin cognitif et de la dépression. Moins d’échanges, c’est moins de stimulation pour le cerveau.
L’erreur d’attendre que l’appareil fasse tout le travail de compréhension
L’une des plus grandes sources de frustration après l’appareillage vient d’un malentendu fondamental : croire que l’aide auditive est une solution « plug-and-play » qui va magiquement restaurer la compréhension. C’est une erreur qui peut coûter cher en motivation. Votre appareil est un outil technologique extraordinaire, mais il ne peut pas remplacer les fonctions nobles de votre cerveau. Attendre de lui qu’il fasse tout le travail, c’est comme demander à des chaussures de course de courir un marathon à votre place.
Le succès de votre rééducation repose sur la compréhension du partage des tâches. L’appareil est votre coéquipier technique, mais le cerveau reste le capitaine de l’équipe, celui qui prend les décisions et donne du sens au jeu. D’ailleurs, les audioprothésistes constatent que les personnes ayant suivi une rééducation auditive de façon assidue voient plus de 30% d’amélioration des performances de compréhension par rapport à ceux qui se contentent de porter leurs appareils. La différence ne se joue pas sur le matériel, mais sur l’entraînement.
Pour y voir plus clair, voici un tableau qui résume le rôle de chacun. Comme le montre cette analyse comparative récente, les responsabilités sont bien distinctes et complémentaires.
| Ce que fait l’appareil auditif | Ce que seul le cerveau peut faire |
|---|---|
| Amplifier les sons devenus inaudibles | Filtrer les sons pertinents du bruit de fond |
| Débruiter et compresser le signal | Interpréter et donner du sens aux sons |
| Isoler la parole techniquement | Mémoriser les informations entendues |
| Traiter le signal capté par les microphones | Anticiper la fin des phrases (prédiction sémantique) |
| Régler l’amplification selon l’audiogramme | S’adapter aux différents contextes d’écoute |
Ce tableau met en évidence une vérité simple : l’appareil apporte le son à votre cerveau, mais c’est votre cerveau qui doit apprendre à l’écouter. Filtrer la voix de votre interlocuteur dans le brouhaha d’un restaurant, deviner le mot manquant dans une phrase pour suivre le fil, ou simplement retenir le début d’une question pour pouvoir y répondre… toutes ces compétences sont exclusivement cognitives. Sans entraînement, votre cerveau, déshabitué à ce flux d’informations, peut se sentir « noyé » et choisir de « décrocher ».
Comment améliorer votre mémoire immédiate pour mieux suivre les conversations ?
Si vous avez déjà demandé à quelqu’un de répéter le début de sa phrase alors que vous aviez pourtant l’impression d’écouter, vous avez fait l’expérience directe d’une faiblesse de la mémoire auditive immédiate. Ce « muscle » cognitif, aussi appelé boucle phonologique, est essentiel pour suivre le fil d’une conversation. Il s’agit de votre capacité à retenir temporairement une suite de sons (des mots, une phrase) le temps que votre cerveau en traite le sens. Avec la perte auditive, ce muscle s’atrophie car il est moins sollicité. Le muscler est donc une priorité.
Comme le souligne l’association France Alzheimer dans un article sur la mémoire auditive, « la boucle phonologique a pour fonction de conserver les informations verbales entendues ou lues en les répétant mentalement jusqu’à ce qu’elles puissent être utilisées ». C’est une sorte de « post-it » mental pour les sons. Quand ce post-it est trop petit, le début de la phrase est effacé avant que la fin ne soit arrivée, rendant la compréhension globale impossible, même si chaque mot a été « entendu » par l’appareil.

La bonne nouvelle, c’est que cette compétence se travaille très efficacement grâce à la plasticité neuronale. En soumettant votre cerveau à des exercices ciblés, vous pouvez littéralement renforcer les connexions neuronales responsables de cette mémoire à court terme. C’est le cœur de votre programme d’entraînement d’athlète auditif. Il ne s’agit pas de faire des efforts surhumains, mais d’intégrer des habitudes régulières et progressives dans votre quotidien.
Votre plan d’action pour muscler votre boucle phonologique
- L’exercice du perroquet (shadowing) : Choisissez un podcast ou une émission de radio avec un débit de parole clair. Essayez de répéter ce que dit le locuteur en quasi-simultané, avec juste une seconde ou deux de décalage. Cet exercice force votre cerveau à stocker et restituer l’information très rapidement.
- Le rappel de séries croissantes : Demandez à un proche de vous dicter une série de 3 chiffres ou mots simples. Répétez-les dans l’ordre. Une fois que vous réussissez, passez à 4, puis 5. Cet exercice augmente directement la capacité de votre « post-it » mental.
- La mémorisation du contexte : Après avoir regardé une scène de film ou de série avec plusieurs personnages, prenez une minute pour vous remémorer et noter « qui a dit quoi ». Cela entraîne non seulement la mémoire des mots, mais aussi celle du contexte et de l’interlocuteur.
- La retranscription en décalé : Écoutez un court bulletin d’information de 2-3 minutes. Ensuite, coupez le son et essayez de résumer par écrit ou à voix haute le plus de détails possible. Comparez ensuite avec la réalité. C’est un excellent test de rétention globale.
Pourquoi lire à voix haute réajuste-t-il votre propre boucle audio-phonatoire ?
Cela peut paraître contre-intuitif : pourquoi produire un son aiderait-il à mieux en percevoir ? La réponse se trouve dans un mécanisme neurologique fascinant : la boucle audio-phonatoire. Il s’agit d’un circuit de rétroaction permanent entre ce que vous entendez, ce que votre cerveau pense que vous allez dire, et ce que vous produisez réellement avec votre voix. C’est le système qui vous permet d’ajuster en temps réel le volume, la hauteur et l’intonation de votre parole.
La boucle audio-phonatoire est un processus de rétrocontrôle de la voix, qui permet d’ajuster plus ou moins consciemment sa hauteur et ses variations.
– Médecine des Arts, Article sur la boucle audio-phonatoire
Avec une perte auditive, ce circuit est faussé. Vous ne percevez plus correctement votre propre voix, ce qui peut entraîner des modifications dans votre manière de parler (voix plus forte, moins modulée). Lire à voix haute, en portant vos appareils, est l’exercice de rééducation par excellence pour ce système. C’est comme recalibrer un instrument de mesure. Vous forcez votre cerveau à comparer trois informations : le son que vous pensez produire, le son qui sort de votre bouche, et le son qui revient à vos oreilles via vos appareils. Cette triangulation active et renforce les circuits neuronaux de l’écoute.
Le simple fait de vous entendre parler à travers vos prothèses auditives vous aide à vous réapproprier votre propre voix et à affiner la perception de ses nuances. C’est une étape essentielle pour réapprendre à distinguer les subtilités de la parole des autres. Pour rendre cet exercice encore plus efficace, ne vous contentez pas de lire de manière monotone. Jouez avec votre voix !
- La lecture à vitesse normale : Commencez par lire un article de journal ou un passage de livre à voix haute, en articulant bien et à votre rythme naturel. Concentrez-vous sur la clarté du son que vous percevez.
- Les variations de vitesse : Relisez le même paragraphe, mais cette fois en le lisant d’abord très lentement, en détachant chaque syllabe, puis à une vitesse très rapide. Votre cerveau doit s’adapter pour suivre.
- Les variations d’intensité : Entraînez-vous à lire une phrase en chuchotant, puis avec une voix normale, et enfin avec une voix forte et projetée. Cela affine votre perception des dynamiques sonores.
- L’enregistrement et la réécoute : C’est l’outil ultime du coach ! Enregistrez-vous avec votre smartphone pendant ces exercices. En réécoutant, vous prendrez conscience des écarts entre votre intention vocale et le résultat perçu. C’est un feedback incroyablement puissant pour votre cerveau.
Exercices d’écoute à la maison : comment accélérer votre adaptation cérébrale ?
Votre domicile est votre premier gymnase auditif. C’est dans cet environnement familier et contrôlé que vous pouvez commencer à reconstruire, brique par brique, votre endurance et votre agilité cérébrale. L’objectif n’est pas de vous isoler dans le silence, mais au contraire de vous réexposer progressivement et intelligemment à une variété de situations sonores. L’adaptation cérébrale, ou accoutumance, est un processus actif. Plus vous guiderez votre cerveau, plus vite il s’adaptera.
Il ne s’agit pas d’écouter passivement, mais de vous donner des missions d’écoute claires. Votre cerveau, comme un muscle, répond à la demande. Si vous lui demandez de se concentrer sur une voix spécifique au milieu d’un bruit de fond, il va progressivement créer les « raccourcis » neuronaux pour y parvenir plus facilement. C’est le principe de la neuroplasticité en action : les neurones qui sont activés ensemble se connectent plus fortement. Votre but est de créer et de renforcer les « autoroutes » de la compréhension dans le bruit.

L’idéal est de suivre un plan d’entraînement progressif, en augmentant la difficulté au fur et à mesure que vous vous sentez plus à l’aise. Voici un exemple de programme hebdomadaire que vous pouvez adapter. Chaque exercice ne devrait pas durer plus de 15 à 20 minutes pour éviter la fatigue auditive.
- Lundi (Fondations en environnement calme) : Asseyez-vous dans une pièce silencieuse et écoutez un livre audio ou un podcast avec une seule voix claire. Votre unique objectif est de suivre le discours sans perdre le fil.
- Mardi (Introduction du bruit constant) : Refaites le même exercice, mais cette fois-ci avec un bruit de fond constant et non-informatif, comme un ventilateur, une hotte de cuisine ou la climatisation. Votre cerveau doit apprendre à « mettre de côté » ce bruit.
- Mercredi (Gestion du bruit variable) : Mettez une émission de cuisine à la télévision et essayez de suivre la recette tout en faisant un peu de vaisselle ou en rangeant. Les bruits (eau qui coule, casseroles) sont variables et imprévisibles, forçant votre cerveau à un niveau supérieur de concentration.
- Jeudi (Défi multi-locuteurs) : Regardez un débat, un talk-show ou le journal télévisé avec plusieurs intervenants. L’exercice consiste à essayer de suivre une conversation qui passe rapidement d’une personne à l’autre, avec des voix et des intonations différentes.
- Vendredi (Entraînement directionnel) : Demandez à un proche de se déplacer dans la pièce en vous parlant. Gardez les yeux fermés et essayez de pointer la direction d’où vient sa voix. Cet exercice est excellent pour ré-entraîner votre capacité à localiser les sons.
- Week-end (Exploration sonore) : Pratiquez la « chasse au trésor sonore ». Asseyez-vous pendant 5 minutes, les yeux fermés, et listez mentalement tous les sons que vous percevez, du plus proche (votre propre respiration) au plus lointain (une sirène au loin).
Logiciels d’entraînement auditif : 15 minutes par jour pour booster vos neurones ?
Si les exercices à la maison constituent la base de votre préparation physique, les logiciels d’entraînement auditif sont vos machines de musculation spécifiques. Ces applications et programmes informatiques sont conçus par des spécialistes pour cibler et stimuler des compétences auditives précises d’une manière ludique et mesurable. Ils offrent un cadre structuré et une progression de difficulté automatique, ce qui en fait un complément idéal à votre routine.
L’idée de l’entraînement auditif n’est pas nouvelle. En réalité, dès 1970, une étude pionnière a démontré une amélioration moyenne de 4% de la compréhension dans le bruit après seulement cinq séances de 25 minutes. Avec les technologies actuelles, ces outils sont devenus beaucoup plus accessibles, sophistiqués et engageants. Ils transforment ce qui pourrait être une corvée en un jeu, avec des scores, des niveaux et des récompenses qui stimulent la motivation.
Ces logiciels se concentrent généralement sur quatre axes fondamentaux de la perception auditive, que vous pouvez d’ailleurs commencer à travailler vous-même :
- Discrimination des sons : La capacité à faire la différence entre des sons très proches, comme « pa » et « ba », ou « sou » et « chou ». Des exercices quotidiens de 5 à 10 minutes, où vous devez identifier un son cible parmi des distracteurs, peuvent grandement améliorer cette compétence de base.
- Mémoire auditive : La faculté de retenir une information sonore pour la traiter. Vous pouvez la stimuler avec des jeux de type « Simon », en répétant des séquences de sons ou de notes de plus en plus longues.
- Compréhension dans le bruit : C’est le Saint Graal de la rééducation. Le principe est de commencer à écouter un discours clair (podcast, livre audio) et d’ajouter progressivement un bruit de fond. Commencez avec un bruit simple (ventilateur) puis passez à des bruits plus complexes (ambiance de café, musique). Votre cerveau apprendra à faire le tri.
- Attention auditive sélective : C’est la capacité à se concentrer sur une seule source sonore parmi plusieurs. L’exercice de la « chasse au trésor sonore » est parfait pour cela : dans un environnement riche en sons (un parc, une rue animée), essayez d’identifier et de « suivre » un son particulier (le chant d’un oiseau, la conversation d’un couple qui passe).
De nombreuses marques d’appareils auditifs proposent leurs propres applications d’entraînement, souvent gratuites pour leurs clients. Renseignez-vous auprès de votre audioprothésiste. Quinze minutes par jour sur une de ces applications peuvent véritablement « booster » vos neurones et accélérer votre progression de manière significative.
Jeux d’écoute avec un proche : comment impliquer votre conjoint dans votre rééducation ?
Votre parcours de rééducation auditive ne doit pas être une aventure solitaire. Au contraire, impliquer vos proches, et en particulier votre conjoint, peut transformer une série d’exercices en moments de partage et de complicité. Cela permet non seulement de dédramatiser la situation, mais aussi d’éduquer votre entourage sur vos difficultés et sur la meilleure manière de communiquer avec vous. Faire de votre partenaire un « coach » complice est l’une des clés de la réussite à long terme.
L’approche ludique est la plus efficace. En transformant les exercices en jeux, vous baissez les barrières de la frustration et vous instaurez un climat de coopération. Votre proche comprendra mieux, de l’intérieur, l’effort que représente l’écoute et pourra adapter sa propre communication (parler plus distinctement, se mettre en face de vous, etc.) sans que vous ayez à le demander constamment. C’est un bénéfice double : vous entraînez votre cerveau, et vous améliorez la qualité de vos échanges quotidiens.
Pas besoin de matériel compliqué pour démarrer. Voici un kit de démarrage avec trois jeux à la difficulté progressive, à pratiquer en couple ou en famille, pour rendre la rééducation plus amusante et collaborative :
- Niveau 1 : Le Loto Sonore. Le joueur qui s’entraîne ferme les yeux. Le « coach » produit ou diffuse (via un téléphone) des sons du quotidien : un bruit de clés, une sonnerie de téléphone, le miaulement d’un chat, le bruit d’un mixeur… Le but est d’identifier le son le plus rapidement possible. Ce jeu de base réactive l’association entre un son et sa signification.
- Niveau 2 : Le Téléphone sans fil à thème. Choisissez un thème (par exemple, « les vacances »). Le coach chuchote des phrases de plus en plus longues ou complexes sur ce thème (« Nous irons à la plage pour manger une glace au chocolat »). Le joueur doit les répéter mot pour mot. Le chuchotement force une écoute plus attentive, sans l’aide de la lecture labiale.
- Niveau 3 : Le Détective du bruit. C’est le jeu le plus avancé. Placez-vous dans un environnement sonorement riche (la cuisine pendant la préparation du repas, le salon avec la télé en fond sonore). Pendant 5 minutes, le joueur doit identifier et nommer à voix haute chaque son qu’il perçoit et sa source, comme un détective sur une scène de crime sonore. Le coach peut valider ou corriger.
En intégrant ces jeux quelques minutes par jour, vous créez une routine positive. Votre proche ne se sent plus impuissant face à vos difficultés, mais devient un partenaire actif de votre succès. C’est un moyen puissant de renforcer vos liens tout en musclant votre cerveau.
À retenir
- Votre appareil auditif est un outil performant, mais il ne peut pas remplacer l’entraînement de votre cerveau, qui est le véritable maître de la compréhension.
- La frustration « entendre sans comprendre » est souvent le signe que votre cerveau a besoin d’un programme de rééducation actif pour réapprendre à filtrer et interpréter les sons.
- Des exercices quotidiens et progressifs de 15 minutes, comme la lecture à voix haute ou les jeux d’écoute, peuvent considérablement accélérer votre adaptation et améliorer votre confort dans le bruit.
Comment le bilan vocal prédit-il l’efficacité future de vos appareils auditifs ?
Après avoir exploré les différentes facettes de l’entraînement actif, il reste une question essentielle : comment savoir si votre système auditif est sur la bonne voie ? Comment mesurer objectivement la qualité de la connexion entre ce que vous percevez et ce que votre cerveau traite ? La réponse, étonnamment, peut venir de votre propre voix. Un bilan vocal, souvent utilisé par les chanteurs ou les orthophonistes, est un outil prédictif extrêmement puissant pour évaluer l’efficacité de votre boucle audio-phonatoire.
On ne peut bien produire qu’un son que l’on perçoit bien.
– Fondation Pour l’Audition, Article sur la boucle audio-phonatoire
Cette phrase lapidaire résume tout. Votre capacité à contrôler et moduler votre propre voix est le miroir direct de la finesse de votre perception auditive. Si vous êtes capable de maintenir une note stable, de varier son intensité avec précision ou de reproduire une mélodie simple, cela signifie que votre cerveau reçoit une information sonore claire et qu’il est capable de l’utiliser pour piloter vos cordes vocales. À l’inverse, des difficultés dans ces exercices peuvent révéler une perception « floue » ou un traitement cérébral de l’information encore immature.
Un audioprothésiste ou un orthophoniste peut vous faire passer une série de tests simples qui constituent un bilan vocal. Loin d’être un examen intimidant, cela ressemble à une série de petits jeux vocaux :
- Test de stabilité tonale : On vous demande de tenir une voyelle (« aaaaah ») sur une note confortable le plus stablement possible pendant quelques secondes.
- Test de modulation d’intensité : Sur la même voyelle, vous devez faire varier le volume de votre voix, en passant du plus doux (pianissimo) au plus fort (fortissimo) de manière contrôlée.
- Test de variation de hauteur : Il s’agit de reproduire une gamme simple de 3 à 5 notes, en montant puis en descendant, pour tester la souplesse de votre perception des fréquences.
- Test de contrôle prosodique : Vous répétez plusieurs fois la même phrase courte (ex: « il va pleuvoir demain ») en changeant l’intention : affirmative, interrogative, exclamative. Cela évalue la perception des fines modulations de la parole.
Le résultat de ce bilan donne à votre coach auditif une feuille de route précise sur les aspects de votre perception qui ont le plus besoin d’être travaillés. C’est l’étape ultime de la personnalisation de votre entraînement, celle qui vous fera passer d’amateur éclairé à athlète auditif performant.
Vous avez maintenant toutes les cartes en main pour devenir l’acteur principal de votre succès auditif. L’étape suivante n’est pas d’attendre, mais d’agir. Évaluez dès maintenant la solution la plus adaptée à vos besoins en discutant de ce programme d’entraînement actif et de la possibilité d’un bilan vocal avec votre audioprothésiste.